« Et vous en vivez ? »

‟Qui oserait rentrer chez un coiffeur pour observer son savoir-faire, ses outils, ses produits et repartir en lui disant "ça donne des idées"?”

Article paru sur singuliersobjets.blogspot, qui concerne la France mais reste tout autant valable, sinon plus, en Suisse.  

Impensable de se dégager un revenu qui ne soit que le début de la décence pour les innombrables heures de travail ? Et qui oserait afficher des prix qui tiennent compte des montants exorbitants des loyers et des diverses assurances (que vous payez « plein pot » en tant qu’indépendant) ? Les cours suivent le même chemin quand le poids réel des charges ferait exploser les tarifs.

Reste la solution d’hériter ou d’avoir un conjoint qui puisse partager avec vous son beurre ou tout au moins ses épinards !

Sur le même sujet : Céramiste – Calculer ses prix

Tournage – quelques éléments pour améliorer sa technique

Avant de commencer

Pensez le placement de la bassine d’eau et des outils, ainsi que celui des planches pour les pièces tournées.

Choisissez les outils en fonction des pièces prévues. Un ou deux outils bien pensés sont plus utiles qu’une collection d’outils « par défaut ».

Préparez soigneusement l’argile (battage, pétrissage).

Partez d’une quantité de terre adaptée à l’objet souhaité, mais aussi à vos capacités pour permettre un centrage maîtrisé car cette étape est déterminante. Vous éviterez ainsi de perdre vos forces au centrage et de voir votre argile partir en barbotine ou dans des parois trop épaisses.

Décidez à l’avance de la pièce que vous allez tourner et de la façon dont vous allez procéder. Des croquis peuvent être une aide.

Préparez la terre à l’avance (battage et découpe de boules à tourner de la bonne taille). Stockez-la à l’abri de l’air et veillez à ce qu’elle conserve la consistance appropriée.

battage et pétrissage

 

Tournage

Travaillez si possible en série de pièces identiques.

La boule d’argile doit avoir une surface correcte et non mouillée (essuyez la barbotine de vos mains avant de prendre la terre pour la coller sur la girelle).

Le centrage est une étape cruciale, ne la négligez pas. Une terre mal centrée rend le tournage difficile, voire impossible.

Pour éviter des douleurs et fatigues, évitez les gestes inutiles et les crispations. Ne bloquez pas votre respiration.

Travaillez par étapes. Les éventuelles pauses se font entre des étapes distinctes (centrage / ouverture / aplatissement du fond / etc.).

Les deux mains travaillent ensemble (façonnage ou maintien). Les bras sont calés au maximum pour éviter des mouvements involontaires.

Relâchez toujours délicatement la pièce pour éviter de la déformer ou de la décentrer.

Prenez du recul pour observer votre pièce (yeux à mi-hauteur de la pièce) et contrôler sa forme.

Il est le plus souvent inutile d’essayer de « rattraper » une erreur de tournage ou une déformation.

Tirez bien l’argile et montez les parois avec une épaisseur régulière, évitez de laisser un bourrelet épais en bas de la pièce.

Monter la paroi en 2 à 4 fois pour éviter de trop fatiguer la terre.

Portez une attention particulière au départ de la paroi, il doit être net et à angle droit. Pour cela ouvrez puis refermez partiellement le fond avant de monter les parois.

Soyez attentif à l’épaisseur des parois (—> ergonomie). Une pièce trop lourde n’est pas agréable à utiliser. La finesse recherchée doit toutefois être cohérente avec l’argile utilisée. Attention à ne pas affiner inutilement le haut de la paroi.

Essuyez vos mains avant de saisir votre pièce pour l’enlever de la girelle.

Si l’argile le permet, enlevez la pièce vers le haut en la décollant verticalement de la girelle. Sinon faites-là glisser jusqu’au bord de la girelle. L’appui de la main se fait toujours à la hauteur du pied et non sur les parois.

Coupez vos pièces d’exercice en deux, verticalement, au fil à beurre pour contrôler la régularité de la paroi.

une paroi régulière

Note : une pièce « tournée-déformée » et une pièce (bien) tournée dont la forme et ensuite modifiée. La pièce de départ doit être soignée, une déformation ne masquera pas les irrégularités de tournage.

 

Transfert céramique sepia

Le transfert se réalise sur une argile crue fraîche mais raffermie, ou à dureté du cuir dans un stade pas trop avancé.

Marche à suivre (une méthode possible parmi d’autres) :

Réalisez  votre dessin ou sélectionnez une image existante.

Reproduisez / imprimez votre image et noir et blanc à l’aide d’une machine fonctionnant avec un toner (encre en poudre) contenant de l’oxyde de fer : photocopieuse ou imprimante laser, il faudra faire des tests si vous ne connaissez pas la composition du toner. Les anciennes photocopieuses conviennent généralement bien pour ce procédé.

Enduisez le côté imprimé de votre feuille ainsi que l’argile de lait, ou d’un mélange d’engobe blanc et de dextrine (il me semble que cette deuxième option fonctionne mieux, mais des tests supplémentaire seraient nécessaires).

Déposez l’image face contre l’argile et lissez-la délicatement avec une carte ou une estèque, du centre vers les bords, pour en chasser les éventuelles bulles d’air.

Laissez le papier collé à l’argile et laissez séchez lentement en surveillant la tenue du papier. Au besoin passez à nouveau la carte pour chasser les bulles d’air qui se seraient formées entre temps et déposez un léger poids sur le papier pour le tenir en  place.

Une fois votre pièce sèche, enfournez-la sans déplacer le papier (qui brûlera à la cuisson) à la température habituelle. Si vous souhaitez poser un émail transparent, biscuitez votre pièce, soufflez délicatement les cendres de papier qui seraient restées dessus et posez l’émail en léger voile, idéalement au pistolet. Attention certains émaux atténuent l’image en « absorbant » l’oxyde de fer, procédez à des tests préalables. Ne frottez pas l’image au biscuit car elle n’est pas totalement fixée.

Pâte égyptienne

Mise au point en Egypte il y a quelques 7’000 ans, la pâte égyptienne est une pâte contenant une faible proportion d’argile et une forte proportion de formateurs de verre (silice et alcalis). Sa structure poreuse permet la migration des sels solubles vers la surface pendant le séchage, formant un dépôt qui va fondre à la cuisson et donner une structure vitrifiée et « auto-émaillée ».
L’ajout de colorants sous la forme d’oxydes métalliques, particulièrement ceux produisant une couleur soutenue en présence d’une composition hautement alcaline (p.ex. cuivre, cobalt, manganèse), donne sa coloration à la pâte.
La pâte obtenue est peu plastique du fait de sa faible teneur en argile, mais elle peut être mise en forme pour de petits objets de forme simple, tels que ceux retrouvés par les archéologues dans les sites funéraires égyptiens notamment, comme cette figurine d’hippopotame exposée au Louvre.

Photos et recettes après nos tests qui seront réalisés en début d’année 2018 !

Moulage chapitre 2 – production industrielle et manufactures

Les procédés de fabrication industriels s’éloignent de la production artisanale à des degrés variables en fonction des techniques de production et du degré de robotisation. Tous utilisent le principe du moulage, de la céramique coulée ou calibrée (estampage) – pas si éloignée que ça des gestes du potiers – au pressage isostatique à chaud ou à froid du matériau sec (poudre céramique) tout à l’autre bout de l’échelle.

Voici de quoi vous éclairer si tout cela vous semble vocabulaire abscons :

Le principe du pressage isostatique :
Cerafast
EPSI
SACMI

Assiettes en porcelaine de Limoges par pressage isostatique et pièces coulées chez M.P.Samie :
https://www.youtube.com/watch?v=7eTPGb0u7bU

Assiettes calibrées (chaîne robotisée) :
https://www.youtube.com/watch?v=MMiDsc2Npns
https://gfycat.com/CluelessKindheartedCaracal

Grandes pièces calibrées et tour à calibrer pour l’artisanat :
https://www.youtube.com/watch?v=Nhm7Y0a9LMQ
https://www.youtube.com/watch?v=8WamlNscLTw

Fabrication de vaisselle en porcelaine à l’usine Guy Degrene :
https://www.youtube.com/watch?v=9R-suUCoZf4
https://www.youtube.com/watch?v=TTuCTrIOQ7k

Moulage chapitre 1 – introduction

Le moulage désigne un procédé consistant à utiliser un moule pour produire une pièce.
Cette définition simplissime éclaire bien peu sur le processus, mais elle a le mérite d’englober toutes les formes de moulage, quelle que soit la technique utilisée.

Le moule est la plupart du temps réalisé en plâtre, mais pour certaines techniques il peut être d’une autre matière (argile biscuitée, polystyrène expansé, carton, objet en plastique ou en tout autre matériau, etc.). J’essaierai d’y revenir dans un prochain article.

Le moulage a eu mauvaise presse dans le milieu de la céramique – notamment aux Etats-Unis mais pas uniquement – pendant des dizaines d’années. C’est souvent encore le cas auprès du public profane et dans certains ateliers de poterie, bien qu’il soit de plus en plus réhabilité dans le milieu de la céramique contemporaine.
La principale raison de la dépréciation de cette technique réside dans le fait que le moulage renvoie à la production industrielle, où les procédés de fabrication utilisent tous le moulage et où les pièces, produites par centaines ou par milliers, se ressemblent toutes et perdraient leur « âme » (je vous laisse juger).
Cette image négative est possiblement accentuée par le fait qu’on débute souvent dans cette méthode en moulant un objet pré-existant, potentiellement de fabrication industrielle, plutôt qu’en créant ses propres prototypes, par soucis de facilité ou pour reproduire une pièce dont la forme nous plaît. Cependant le moulage n’est pas limité pas à la reproduction d’objets.

L’idée de départ est d’une simplicité extrême : on prend un objet, on le moule, on peut potentiellement le reproduire par dizaines. Mais n’oublions pas que cette idée équivaut, en termes de représentation, à dire concernant le tournage : on prend un morceau de terre, on le met sur le tour, on façonne des séries de dix assiettes.
Or, ceux qui ont déjà tourné et qui se souviennent de leurs débuts percevront l’écart entre la facilité de l’idée et sa réalisation concrète, sans parler du temps de réalisation qui est de manière générale très sous-estimé quand on ne connaît pas le travail de la céramique. Il n’en va pas autrement pour le moulage.

Qu’on ait des affinités pour une technique plutôt qu’une autre me semble aller de soi. Mais je suis toujours surprise quand je lis ou entends ici ou là que le moulage n’a rien de l’art du « vrai » potier qui, lui, travaille de ses mains, ou qu’il n’y a aucun processus créatif dans cette technique. Cela vient à mon sens d’une méconnaissance des possibilités qu’elle offre.
L’image du potier penché sur son tour prédomine dans l’imaginaire populaire, et pourtant on a tout autant les mains plongées dans la matière et besoin d’une bonne dose de maîtrise technique pour réussir des pièces un peu complexes en moulage.
On pourrait même, pour provoquer un peu la bien-pensance, considérer que la liberté de création est plus grande avec ce processus qu’avec le tournage puisqu’il n’y a pas l’obligation de commencer à travailler à partir d’une pièce « circulaire ».

Plus sérieusement, le moule n’est en réalité ni plus ni moins qu’un outil comme un autre à la disposition du céramiste, et à mon sens la dimension créatrice ne réside pas dans l’outil mais dans ce qu’on en fait. Quant à la prouesse technique, elle dépend de la pièce créée bien plus que de la technique utilisée (tournage, modelage ou moulage).

Paradoxalement, de nombreuses personnes débutant en tournage me font part de leur souhait de réaliser des pièces ayant la finesse régulière de celles provenant de la production industrielle (moulées donc). Or, la particularité du tournage est que la matière n’est pas répartie de la même manière sur toute la pièce, même si on peut s’en approcher (reste à en définir le but, j’y reviendrai dans un prochain chapitre). Et une pièce telle qu’une assiette, par exemple, gagnera à être d’une épaisseur plus conséquente pour des questions de solidité, de stabilité et de résistance à la déformation (pour les porcelaines et autres argiles de haute température particulièrement). L’utilisation de vaisselle industrielle a influencé notre perception de l’objet céramique et le poids d’une pièce tournée peut nous sembler excessif par habitude de manipuler des objets qui ont été pressés en usine.

Et alors, elle est produite comment cette fameuse vaisselle industrielle ?
Réponse en images dans le chapitre 2 : production industrielle et manufactures.

Parlons argile 2 : « Particule »

Les argiles ont une structure en feuillet constituée de particules extrêmement fines (env. 2µm) et compactes, ce qui leur permet de retenir l’eau et donc de donner à cette matière sa propriété essentielle au potier : la plasticité.

taille d'une particule d'argile

Voilà qui me donne l’occasion de glisser en passant un lien vers l’excellente « Scale of the Universe » (d’où est tirée l’image ci-dessus), une infographie représentant une échelle interactive des objets de l’univers, du plus grand au plus petit élément mesurable.

 

Qui dit particules fines dit également danger pour la santé. La silice, principal constituant des argiles et des émaux, est un toxique pour les voies respiratoires. Les particules fines (diamètre de 0,1 à 5µm) ou ultrafines (< 100 nm) de silice peuvent atteindre les bronchioles et les alvéoles pulmonaires, où elles s’accrochent en causant des dégâts sévères et irréversibles à l’origine de pathologies graves (silicose, cancer, sclérodermie, etc.).

Le danger que représente la silice est connu depuis longtemps dans le cadre des exploitations minières, mais d’autres secteurs sont concernés. Le portail d’information des publics Cancer Environnement du Centre Léon Bérard mentionne notamment l’exploitation des carrières (sable), le traitement des minéraux, le travail de l’ardoise, le travail de la pierre, la fonderie, la fabrication des briques et des carreaux, la construction, les industries de la poterie, de la céramique, la fabrication de prothèses dentaires et la fabrication de cristaux de quartz (optique et électronique) et le secteur d’activités des peintres sur carrosserie.

Dans la représentation qu’on se fait de la poterie, on ne pense pas au premier abord à se méfier de la matière utilisée. Et si on a instinctivement le réflexe de s’éloigner d’un nuage de poussière qu’on aurait provoqué (ce qui est plutôt une bonne chose), ce geste véhicule pourtant une fausse idée liée aux poussières d’argile. En effet, les particules les plus nocives sont totalement invisibles à l’oeil nu et resteront en suspension dans l’air bien plus longtemps que ce nuage de poussière visible. Toutes les précautions doivent donc être prises pour limiter la manipulation des matières sèches au strict minimum et travailler dans un environnement où la sécurité est respectée.

Parlons argile 1 : « Terre »

Le terme « terre » est utilisé par les potiers pour désigner l’argile ou le plus souvent une pâte céramique, soit un mélange élaboré à partir de plusieurs argiles naturelles ou recomposé à partir de matières premières dans le but d’obtenir et de pouvoir reproduire des propriétés physico-chimiques particulières.

argile sur le tour

L’argile provient de la décomposition des roches granitiques : les roches magmatiques érodées par des forces mécaniques et chimiques pendant des millions d’années perdent leurs matières solubles et laissent de fines particules qui se déposent sur place ou sont emportées par les vents ou les eaux avant de se déposer en couches sédimentaires. Ce sont les particules d’argiles.

Les argiles sont composées de silice, d’alumine et d’eau, liées chimiquement, auxquelles s’ajoutent divers minéraux et éléments organiques en fonction des chemins qu’elles suivent lors de leur formation.
La silice et l’alumine étant les principaux composants de la croûte terrestre, il existe quantité d’argiles différentes un peu partout sur Terre.

Les anciens hauts-lieux de la poterie se situaient à proximité de veines d’argile exploitables. Même s’il reste possible de trouver des argiles dans la nature et de les utiliser après une préparation convenable si leur plasticité est suffisante, aujourd’hui les potiers utilisent majoritairement des pâtes du commerce. Ces pâtes sont constituées de mélanges d’argiles sélectionnées pour leurs différentes caractéristiques (dégraissant, réfractaire, fondant, etc.).

Ai WeiWei

Il y a quelques temps j’évoquais l’artiste chinois Ai WeiWei.

Si cet artiste incontournable vous intéresse, ne manquez pas l’exposition qui vient d’ouvrir au Musée Cantonal des Beaux-Arts de Lausanne et qui se tiendra jusqu’au 28 janvier 2018.

 

Découvrez-en plus en lisant p.ex. cet article du Temps.

EDIT: ou en regardant les vidéos de l’Etat de Vaud présentant certaines oeuvres exposées au Palais de Rumine.
Aller à la première vidéo.

Biennale internationale de céramique contemporaine – Carouge

Le 16 septembre s’ouvre la 15e édition du Parcours Céramique Carougeois, biennale internationale de céramique contemporaine, avec des expositions dans divers lieux (galeries, arcades artisanales, musées) de Genève et Carouge.
Des activités telles que démonstrations, visites guidées, créations participatives sont également organisées.

 

quelques exposants
…et d’autres exposants.

Source : Fondation Bruckner pour la promotion de la céramique | 15e Parcours Céramique Carougeois Biennale de céramique contemporaine Du 16 au 24 septembre 2017