Céramiste – Calculer ses prix / ses frais

Mise en garde :

Si vous êtes céramiste et vous apprêtez à ouvrir votre atelier, vous risquez à la lecture de cet article d’opter finalement pour donner des cours de tai-chi dans un parc. D’abord le tai-chi c’est quand même plus « classe » que la poterie, et ensuite vous n’aurez pratiquement aucun frais de mise en route ! Si vous persistez toutefois dans le monde merveilleux et onéreux de l’argile, bravo et bienvenue !  ;-)

Si vous êtes céramiste et que vous devez définir le prix de vos pièces ou de vos cours, ou que vous cherchez à calculer les coûts inhérents à votre activité, vous trouverez ci-dessous une « check-list » (non-exhaustive, les compléments sont bienvenus) des frais à prendre en compte. Cette liste part d’une situation « simple » (indépendant, sans employés) d’un céramiste installé en Suisse Romande.

  1. loyer
  2. charges
  3. aménagement et travaux
  4. assurances professionnelles
  5. registre du commerce et TVA
  6. équipement machines
  7. outillage spécifique
  8. matériel courant d’atelier
  9. matières premières
  10. électricité
  11. frais de déplacement, de transport et de livraison, de port et d’emballage.
  12. élimination des déchets
  13. site web, publicité
  14. temps de travail
  15. services proposés

 

1. Le loyer des locaux commerciaux/industriels.

Généralement exorbitant si vous louez en Suisse… Et pourtant il vous en faudra de la surface ! principalement si vous donnez des cours. Si on supporte une installation exiguë et parfois précaire pour son propre atelier de travail, cela n’est plus possible pour offrir des cours. Des locaux correctement chauffés, dotés de sanitaires, et du matériel garantissant la sécurité des participants est un minimum. L’accessibilité et la proximité des transports publiques a également un prix.

Notez que les loyers fluctuent beaucoup d’une région à l’autre (les cantons de Genève et Vaud étant les plus chers). En Suisse-Romande, les loyers les plus élevés se situent sur tout l’arc lémanique, s’étendent au gros de Vaud, ainsi qu’à la région Yverdonnoise, Morat et certaines régions du Chablais vaudois.

2. Les charges courantes (eau, chauffage, conciergerie, entretien d’immeuble, etc.).

Bien qu’il puisse y avoir d’autres charges spécifiques à vos locaux, la plupart du temps elles ne sont pas très différentes de celles qui accompagnent la location d’un appartement. Vérifiez ce qui y est inclus et soyez vigilant : l’électricité n’est pas comprise dans ces charges.

3. Aménagements et travaux

Les frais concernés ici sont ceux surgissant si les locaux nécessitent des adaptations, transformations, mises aux normes, ou des installations de sécurité particulières, etc. (les installations électriques, par exemple, sont susceptibles de devoir être modifiées pour la pose d’un four, suivant le modèle). Mais aussi les frais d’entretien « normal » (réparations, peinture, revêtement de sol, etc.).

 

4. Les assurances professionnelles

Elles concernent les locaux et votre travail, mais également les assurances sociales qui sont entièrement à vos frais en tant qu’indépendant, contrairement à la situation d’un employé salarié.

  1. Assurance incendie et dégâts naturels
  2. Assurance choses (vol, vandalisme, dégâts)
  3. Assurance responsabilité civile professionnelle
  4. Assurance accident LAA (en tant qu’indépendant vous payez l’entier des cotisations, contrairement à une situation de salarié où l’employeur participe).
  5. Prévoyance publique AVS, AI et APG (1er pilier) : là également vous payez l’entier des cotisations (9,65%), contrairement à une situation de salarié où l’employeur participe. Le calcul est fait en fonction du revenu de l’activité.
  6. Vous ne cotisez pas à la prévoyance vieillesse (LPP 2e pillier), ni à l’assurance chômage, il vous revient donc également la charge de vous assurer en prévoyance privée.
  7. Notez que les indépendants cotisent dorénavant obligatoirement aux allocations familiales, même s’ils n’ont pas charge de famille. Cette cotisation est entièrement à leur charge (2,15% en 2017 pour le canton de Vaud, 2,45% pour Genève, 2,10% pour Neuchâtel).
  8. Assurance perte de gain/maladie (facultative, mais vivement conseillée, car seule garantie de conserver un revenu en cas d’arrêt de travail pour raisons de santé).
  9. Autres suivant les cas.

5. Registre du commerce et/ou TVA.

En fonction de votre chiffre d’affaire et de différents critères qui ne seront pas détaillés ici, vous voudrez/devrez peut-être vous inscrire au registre du commerce et à la TVA. Vous trouverez de plus amples renseignements sur le site de la Confédération ou encore sur ch.ch.

6, 7, 8. Equipement machines, outillage et matériel courant – amortissement.

L’équipement en machines (four, tours, compresseur, cabine d’émaillage, bac de décantation, boudineuse, etc.) a un coût « visible » à l’achat (l’équipement d’un atelier professionnel représente un investissement considérable), mais également un coût plus caché d’entretien, de réparation ou de remplacement, et de dévaluation au fil du temps qui doit être pris en compte.

A cela s’ajoute l’outillage et le matériel spécifique à une activité d’atelier (p.ex. petits outils de potier, masques anti-poussière, gants de protection, matériel d’enfournement, planches et divers supports, tournettes, etc.), le mobilier (étagères, tables de travail, chaises et tabourets, luminaires, etc.) et bien sûr tout le matériel courant et le petit matériel (seaux, bassines, papier-crayons, petits outils de bricolage, produits ménagers, tabliers, gants jetables, éponges, etc.).

9. Matières premières

Les argiles, émaux, mais également les colorants, oxydes métalliques, matières de base pour les émaux et autres matières de base utilisées directement ou indirectement dans la production (p.ex. sable de quartz, plâtre, etc.). La liste est très longue.

Même s’il est tentant de « tout essayer » ou de céder à toutes les demandes, notez que généralement plus vous élargissez la gamme du stock proposé (émaux, argiles, etc.), plus vos frais augmentent, car l’achat en « petites » quantités revient plus cher. Or si vous optez pour de grandes quantités en stock, le problème sera ailleurs. Il faut tout d’abord avoir suffisamment d’espace pour entreposer tout cela et supporter un investissement considérable (p.ex. 12 émaux en version de 20kg (environ 16 litres d’émail) à 25.- le kilo… déjà 6’000.-). Un autre risque étant de vous retrouver avec pour plusieurs centaines, voire plusieurs milliers, de francs de stock non utilisé quand ces émaux ne plairont plus.

Edit 11.2017 : désormais la tendance est aux émaux liquides. Ceux-ci se vendent actuellement une trentaine de francs les 500ml (Amaco, Botz, Rok, …)

10. Electricité

Pour faire fonctionner l’atelier (machines, éclairage), mais aussi (surtout) pour les cuissons. Le calcul pour ce 2e cas dépendra notamment de la taille et de la consommation du four, du temps de cuisson, et bien entendu du prix de l’électricité (kwh et taxes !).

11. Frais de déplacement, de transport et de livraison, de port et d’emballage.

Ils concernent le transport ou le port et l’emballage pour l’envoi de pièces, ou encore le déplacement pour donner un cours ou pour les achats professionnels, mais également les frais de port et de livraison des matières commandées (à reporter en proportion sur ces dernières).

De même si vous revendez des matières premières, le coût et le temps du transport s’il est fait par vos soins devrait y figurer. Le tarif ne peut pas être le même qu’à l’achat chez le fournisseur.

12. Elimination des boues et des toxiques, des gravats, taxes de déchèterie.

Les boues, restes d’argiles, mais aussi d’émaux potentiellement toxiques doivent être évacués correctement. Les taxes d’évacuation ne doivent pas être oubliées : déchèterie, mais aussi de transport s’il ne peut pas être fait par vos soins (les boues d’un bac de décantation pèsent leur poids !).

13. Site web et publicité.

Entrent dans cette catégorie la conception d’un site web ainsi que les frais d’hébergement et de location d’un nom de domaine, mais aussi la réalisation et l’impression de flyers, affiches, publicités insérées dans les journaux, sur des sites d’annonces ou des catalogues de loisirs, etc. Y entre aussi le temps consacré à ces activités et le matériel utilisé si vous vous en chargez vous-même.

14. Temps de travail

C’est le temps passé à réaliser les pièces (souvent largement sous-estimé par le public profane) et celui à donner des cours. Mais c’est également tout le temps « caché » : nettoyages, récupération et évacuation ou recyclage des matières, déplacement pour aller chercher les commandes et les stocker, déplacement et temps de vente (marchés, expositions, etc.), fabrication et/ou préparation des émaux, tests de cuissons, de matières, etc., temps d’enfournement / défournement des pièces, temps d’emballage / déballage (expédition postale, marchés, expositions), temps « administratif » (commandes, suivi clientèle, comptabilité, inventaires, administration d’un site web/blog/réseaux sociaux, publicité, etc.), et pour les cours : contrôle du séchage, retouches nécessaires, préparation des cours et stages, aménagement de l’espace de travail, enfournement/défournement.

15. Services proposés

Certains facteurs influent directement sur le prix de l’objet ou du service proposé, parmi lesquels par exemple :

  • Votre situation propre et celle de votre atelier  (formation ? degré d’expertise ? équipement ? statut (artisan, artiste, autre ) ? valeur que vous attribuez à votre travail ? etc.)
  • L’offre de pièces uniques ou au contraire de séries.
  • Le contenu et la forme (conditions d’inscription p.ex.) de l’offre de cours et de l’accompagnement. (Il se peut que vous soyez seul à en être conscient, mais vous ne proposez pas du tout le même produit si vous donnez un cours en groupe de 3-4 personnes ou un cours en groupe de 8 à 10 personnes. L’accompagnement et la disponibilité seront bien évidemment meilleurs avec peu de participants. Logiquement, vous augmentez cependant vos frais annexes en dédoublant le cours.)

Recyclage de l’argile

Les déchets d’argile non cuite sont recyclés :

L’argile encore fraîche doit être soigneusement pétrie et battue pour en refaire une masse propre au travail, homogène et désaérée. Toutefois, si l’argile a été trop travaillée, elle perd sa plasticité et fissure facilement. On dit qu’elle est « fatiguée ».

Mélange d’argiles non homogène

La même argile après un premier battage

L’argile qui a déjà perdu trop d’eau est entièrement séchée. (Humide, elle n’absorberait pas l’eau nécessaire à son recyclage et ne pourrait pas être délayée). Elle est ensuite recouverte d’eau dans laquelle elle va tremper pendant 24 à 48h minimum avant d’être brassée.

barbotine mélangée
l’argile délayée est brassée

La pâte ainsi obtenue est trop diluée pour être travaillée. Un séchage partiel permettra de lui donner la consistance voulue. Pour ce faire, elle peut être étalée sur une plaque de plâtre qui absorbera une partie de son eau. On forme ensuite des « ponts » (gros colombins repliés) qu’on laissera un temps à l’air libre jusqu’à obtention de la consistance adéquate.

barbotine étalée sur une plaque de plâtre
barbotine étalée sur une plaque de plâtre

En dernière étape, l’argile recyclée doit être pétrie et battue pour la rendre homogène et en évacuer l’air, de la même manière que pour l’argile fraîche. Ce travail est fait à la main ou, si on a la chance d’en être équipé, à l’aide d’une « boudineuse », malaxeur dont certains modèles sont munis d’une pompe à vide permettant de désaérer la terre.

Décantation…

…le maître mot pour récupérer les boues (argiles et émaux) et éviter leur évacuation dans les canalisations. Un bac de décantation récupère les boues de l’évier, un autre les émaux de la cabine d’émaillage. Cette dernière fonctionne avec une réserve d’eau (en circuit fermé), les émaux qui sont emmenés par le circuit d’eau retournent donc dans le bac de réserve. Il faut vider et nettoyer régulièrement ces bacs. Les boues contenant des restes d’émaux sont évacuées dans les déchets toxiques.

Les résidus d’argile, d’émaux, etc. qui passent dans l’évier se déposent ici. Les eaux usées passent successivement par trois compartiments pour permettre à un maximum de matière de se déposer. Lorsque l’eau atteint la surface du premier compartiment, elle s’écoule dans le second, laissant les matières les plus lourdes au fond, et ainsi de suite. Ces matières sont récupérées manuellement après avoir évacué l’eau résiduelle en surface (ici à l’aide du tuyau rouge) en prenant soin de ne pas remuer le fond.
Schéma de l’évacuation des eaux usées.
Première récupération des émaux de la réserve d’eau de la cabine d’émaillage avant une deuxième décantation du résidu d’eau sale.

NB : La décantation est également le procédé utilisé pour la fabrication de la terre sigillée.