Transfert céramique sepia

Le transfert se réalise sur une argile crue fraîche mais raffermie, ou à dureté du cuir dans un stade pas trop avancé.

Marche à suivre (une méthode possible parmi d’autres) :

Réalisez  votre dessin ou sélectionnez une image existante.

Reproduisez / imprimez votre image et noir et blanc à l’aide d’une machine fonctionnant avec un toner (encre en poudre) contenant de l’oxyde de fer : photocopieuse ou imprimante laser, il faudra faire des tests si vous ne connaissez pas la composition du toner. Les anciennes photocopieuses conviennent généralement bien pour ce procédé.

Enduisez le côté imprimé de votre feuille ainsi que l’argile de lait, ou d’un mélange d’engobe blanc et de dextrine (il me semble que cette deuxième option fonctionne mieux, mais des tests supplémentaire seraient nécessaires).

Déposez l’image face contre l’argile et lissez-la délicatement avec une carte ou une estèque, du centre vers les bords, pour en chasser les éventuelles bulles d’air.

Laissez le papier collé à l’argile et laissez séchez lentement en surveillant la tenue du papier. Au besoin passez à nouveau la carte pour chasser les bulles d’air qui se seraient formées entre temps et déposez un léger poids sur le papier pour le tenir en  place.

Une fois votre pièce sèche, enfournez-la sans déplacer le papier (qui brûlera à la cuisson) à la température habituelle. Si vous souhaitez poser un émail transparent, biscuitez votre pièce, soufflez délicatement les cendres de papier qui seraient restées dessus et posez l’émail en léger voile, idéalement au pistolet. Attention certains émaux atténuent l’image en « absorbant » l’oxyde de fer, procédez à des tests préalables. Ne frottez pas l’image au biscuit car elle n’est pas totalement fixée.

Tester des argiles comme terre sigillée

 

Il est possible de fabriquer ses propres terres sigillées à partir des argiles de l’atelier. Elles ne donnent pas toutes de bons résultats et il est nécessaire de procéder à de nombreux tests.

Voici un exemple de procédure pour la fabrication / le test de terres sigillées.

Recette de base à adapter :

100g d’argile + 2g de silicate de soude + 400g d’eau

 

  • L’argile choisie est concassée finement (sèche) et mélangée selon la recette sus-mentionnée. Le mélange est soigneusement brassé puis laissé de côté pendant environ 15 minutes pour laisser la terre décanter.
  • Au bout de ce laps de temps, il est possible de séparer l’eau contenant les fines particules d’argile du résidu de décantation (particules plus grossières) qui peut être éliminé.
  • Le prélèvement d’eau contenant les fines particules est stocké à l’abri de toute manipulation pour une seconde décantation d’une semaine. Différentes couches réparties selon leur granulométrie sont alors visibles dans le récipient.
Avant la décantation, les particules sont mélangées quelle que soit leur granulométrie.
Déclassement des minéraux selon leur granulométrie. Les particules plus grossières se déposent au fond.
  • La première couche ne contient presque que de l’eau. Elle peut être soigneusement retirée à l’aide d’une poire, en prenant soin de ne pas remuer le mélange et de préserver ainsi le déclassement des minéraux.
  • La couche intermédiaire est récupérée de la même façon et ainsi séparée de la couche de fond contenant les particules les plus grossières. La couche intermédiaire comporte les fines particules utilisées pour la terre sigillée.
échantillons de test
Seconde décantation (un grès noir et un klinker). Plusieurs couches sont distinguables : la première contient de l’eau légèrement colorée de très fines particules d’argiles, la deuxième est moins importante et comporte les particules à récupérer, la 3e est très épaisse et clairement détachée du mélange. Elle contient les particules les plus grossières qui ont plombé et restent déposées au fond du gobelet de test.
  • Après évaporation de l’excédent d’eau, la sigillée est posée sur des plaquettes de terre à poterie sèches et des plaquettes biscuitées. Le prélèvement doit être de consistance crémeuse , proche de la barbotine. Il est posé au moyen d’un pinceau plat large avec des poils fins, afin d’éviter de laisser des traces. Un polissage est effectué au doigt avant le séchage complet de la sigillée. Les outils (p.ex. cuillère) laissent trop de marques. Le polissage est facultatif et, s’il est réalisé, doit être très doux sous peine de laisser des traces.
  • Les plaquettes sont ensuite cuites à 940°C.

Les argiles qui montrent de bons résultats seront testées avec des colorations aux oxydes métalliques.

Terre sigillée

L’appellation de céramique sigillée est dérivée du latin sigillum qui signifie « petite marque » ou par extension « sceau, cachet ». La technique de décor qui a donné son nom à ce type de céramique consiste à produire une pièce par calibrage dans un moule d’argile cuite dont les motifs ont été réalisés à l’aide de poinçons-matrices appelés sigilla.

Apparu pour la première fois dans le courant du XIXe siècle, le terme de « terra sigillata » désigne une céramique utilitaire fine à vernis d’engobe rouge, ornée de sceaux ou de poinçons. Si ce terme qualifie en premier lieu la terrre d’engobe fine dont les pièces sont recouvertes, il définit par extension toute la production gallo-romaine à vernis rouge, ornée ou non. Il s’applique donc à la fois à la matière elle-même (terre  liquide très finement décantée qui vernit et produit un effet de brillance sur le tesson) et la poterie qui en est décorée.

Dans la céramique contemporaine, cette expression désigne toute poterie à vernis de ce type, quelle que soit sa couleur. (Jean Girel (1996), La terre sigillée, in La revue de la céramique et du verre, 90, p.18.)

 

Bref historique

En Toscane, au premier siècle avant J.-C., apparaît une céramique inspirée de la poterie à reliefs moulés grecque imitant la vaisselle métallique à relief repoussés, et qui utilise conjointement un vernis rouge luisant. Ce type de céramique deviendra la marque de la céramique romaine : la céramique sigillée. Deux ateliers sont considérés comme ayant lancé le succès de cette technique : Pouzzoles, au nord de Naples, et Arezzo, situé entre Rome et Florence. En moins d’un siècle, la production de sigillée inonde littéralement les marchés de la Gaule, la Germanie, la Grande-Bretagne et du pourtour méditerranéen. (Jean Girel, 1996, p.19) La Graufesenque,  notamment, devient un haut lieu de production de céramique sigillée.

 

Technique et décor

La céramique sigillée est parfois travaillée sur le tour puis ornée de lignes ou de décors pour imiter la vaisselle métallique, mais le calibrage à l’aide de moules gravés est la technique la plus souvent utilisée. Il permet en effet une production en grande série et à coût relativement réduit. Le succès de cette  production est certainement liée en partie à cette technique de fabrication rapide et à la marque de fabrique que constituait l’utilisation systématique du vernis rouge luisant qui donnait une identité à la production.

« En gros, le potier façonnait son vase à partir d’une pâte d’argile, puis le trempait dans un bain d’argile quasi liquide. Cet « engobe » formait une fine pellicule de surface – de 10 à 20 micromètres d’épaisseur. De sa qualité et de sa composition dépendaient, après cuisson, la couleur, le brillant et enfin l’imperméabilité de la pièce. » (Patricia Chairopoulos (2005), Les sigillées passées au crible, in Le journal du CNRS, 188.) L’hypothèse des chercheurs sur la fabrication de l’engobe suggère que sa réalisation nécessitait une argile spécifique et que seuls les sites de production ayant eu la chance d’en disposer avaient pu pérenniser leur activité. (P. Chairopoulos, 2005).

La littérature utilise souvent les termes «vernis d’engobe» pour parler du revêtement de cette sorte de céramique. Le terme vernis impliquant l’idée de brillance, tandis que celui d’engobe indique qu’il s’agit bien d’une matière argileuse.

Céramique sigillée, époque gallo-romaine, musées de la Cour d’Or à Metz. By Vassil (Own work) [Public domain], via Wikimedia Commons
Cuisson et fours

Les tout premiers vernis de ce type, contenant du fer, étaient noirs, en raison du mode de cuisson réductrice. Le polissage donnait au revêtement un aspect lustré. Par la suite, le vernis rouge brillant fera son apparition avec l’élévation des températures de cuisson, permettant la vitrification du vernis en oxydation cette fois-ci. La production de la Graufesenque témoigne d’une grande maîtrise des matières premières et des cuissons en oxydation, qui ont donné naissance à un vernis rouge luisant d’excellente qualité.

La particularité des fours gallo-romains pour la cuisson des sigillées vient de la circulation de la chaleur. Un système élaboré de conduits étanches permettait de faire passer les flammes à travers le laboratoire pour le chauffer par rayonnement et donc   sans que les pièces ne noircissent avec la fumée des flammes nues. (J. Girel, 1996, p24). Ceci permettait d’assurer l’obtention de la couleur rouge
souhaitée. Il existait des fours de tailles différentes et construit selon différents plans. Ils ont en commun le principe de cuisson en oxydation à l’abri des flammes et de la fumée qui s’en dégage.

Le blog de Pierre-Alain Capt, à voir absolument si l’archéologie de la céramique européenne et la reconstitution de ses modes de cuisson vous intéresse.   Source : ARS CRETARIAE ARCHEOCERAMIQUE: Cuissons gallo-romaines

Autre lien sur la céramique gallo-romaine

 

La sigillée contemporaine

L’art du vernis d’engobe

Afin d’obtenir un vernis d’engobe brillant, un tri des particules selon leur granulométrie est réalisé le plus souvent par décantation. Le but est de laisser se déposer les particules grossières au fond d’un récipient empli d’eau pour ne récupérer que les particules argileuses les plus fines en suspension dans l’eau. Pour cela les argiles doivent être défloculées, c’est-à-dire que ses particules doivent être séparées les unes des autres. Ceci peut nécessiter un traitement préalable lorsque les argiles ne contiennent pas de défloculent naturel (soude, potasse).(Le bois, le feu. Sigillées, patines et fumées. Catalogue du musée Palissy, 2000, p.8)

Dans la Revue de la céramique et du verre n°90, J. Girel propose un tableau récapitulant les principaux critères d’obtention d’un vernis d’engobe à la façon des céramiques sigillées. Celui-ci nous donne de précieuses information sur l’obtention des particules de terre les plus fines, la pose et la cuisson du vernis d’engobe.

Revue de la céramique et du verre

 

Artistes contemporains

De nombreux artistes se sont inspirés des céramiques sigillées antiques, p.ex. Jean Grison, Jean-Paul Azaïs,  Pierre Bayle, Nadia Pasquer, Fabienne Giora, Dominique Bardet ou encore Franck Brunet.

Bibliographie :

Patricia Chairopoulos (2005), Les sigillées passées au crible, in Le journal du CNRS, 188.
Jean Girel (1996), La terre sigillée, in La revue de la céramique et du verre, 90.
Bernard Hofmann, La céramique sigillée, éd. Errances 1998.
Le bois, le feu. Sigillées, patines et fumées. Catalogue du musée Palissy, 2000, p.8
www.aveyron.com
www.arscretariae.romandie.com
www.persee.fr
www.museuprehistoriavalencia.es
www2.cnrs.fr
http://laterreenfeu.free.fr